La parole à ... Philippe VALENTIN | CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne

Mis à jour : sept. 11

Chaque semaine, nous donnons la parole aux partenaires de nos différents événements pour mettre en lumière leurs actions mises en place pendant la crise, les enjeux et surtout les projets à venir. Nous sommes heureux d'accueillir pour ce nouvel entretien, Philippe VALENTIN.




Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?


Philippe VALENTIN, Président de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, Président du Groupe Valentin, et Président d’une quinzaine de TPE, PME, comme Bimsky, SECI…, des entreprises autonomes essentiellement dans le domaine de la construction basées sur le territoire Auvergne Rhône-Alpes et un peu dans le Nord de la France.





Nous vivons depuis près de 3 mois une crise sanitaire sans précédent qui a bouleversé notre quotidien. Comment avez-vous, personnellement, vécu cette période de confinement et de crise ?


Certains s’ennuyaient… pour moi c’était l’inverse. J’ai connu une période de folie, week-ends inclus. Une période non-stop, qui a un moment donné était épuisante. J’ai vécu les mêmes difficultés pour toutes mes entreprises, plus la CCI…. C’était une situation inédite poussée à l’extrême.


Vous êtes chef d’entreprise et conjointement Président de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne. Avec cette crise vous avez été doublement sollicité.

Nous aimerions revenir sur les conséquences de cette crise et les actions mises en place.

Tout d’abord au sein de vos entreprises, quel(s) impact(s) direct(s) cette crise a eu sur votre activité de chef d’entreprise et sur vos équipes ?


Un impact énorme !

Dans le bâtiment tout s’est arrêté d’un coup. Le temps de comprendre ce qui nous arrivait et d’assimiler tous les dispositifs financiers pour passer le cap, est venue la question de comment remettre en marche nos chantiers ?

Nous les avons redémarrés un peu plus tôt que les autres, car nous voulions absolument reprendre une activité, mais l’application des modalités sanitaires était compliquée.

De plus, comme nous travaillons en mode dégradé, forcément la rentabilité n’est pas là.

Globalement je tiens à saluer - que ce soient pour mes entreprises ou pour la CCI - tous les dispositifs mis en place, qui ont été à la hauteur du séisme. Les mises en œuvre l’ont été avec parfois plus ou moins de succès, comme avec le chômage partiel où nous avons un peu « pataugé ». Heureusement que ces dispositifs existent sinon cela aurait été l’hécatombe.


Comment vous êtes-vous adapté à cette situation inédite ? Et vos équipes ?


On s’est adapté en débridant, réinventant, en ne mettant aucune limite et en exploitant toutes les bonnes idées. Par exemple, on a fait du télétravail en déménageant les micros des bureaux, on a utilisé le numérique comme tout le monde pour les visio, on a réalisé des réunions en extérieur pour respecter la distance physique. C’était assez cocasse.

La mise en place du télétravail dans les services est plus facile ; dès que nous sommes dans un cadre de production, cela devient compliqué.

Dans le bâtiment, quand les distributeurs comme SAMSE ou les autres, ont proposé des Drive pour fournir les matériaux, nous avons tous trouvé que c’était une très bonne idée, alors que s’ils avaient mis en place cela il y a 3 mois, cela aurait été une franche rigolade.

Le tout c’est de se dire qu’il n’y a pas de limites, comme cette situation est inédite on s’adapte en fonction… On lâche le chakra et on réinvente !

Il y a des choses qui ont fonctionné d’autres moins bien. Globalement ce sont de belles réussites et ça fait du bien.


A ce jour, avez-vous réussi à reprendre l’activité complète de vos entreprises ?


L’activité reprend, pas à 100%, mais ça reprend. Pour les chantiers qui étaient en cours, ça va … En revanche pour les démarches commerciales, sans contact ce n’est pas facile. Il y a quand même un trou d’air dans l’activité, et nous allons mettre un peu de temps pour revenir à un état normal.


Concernant la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne

La crise a mis à l’arrêt ou au ralenti de nombreuses entreprises durant cette crise. Comment envisagez-vous les mois à venir pour les entreprises et l’économie de notre territoire ? Quelles actions avez-vous mis en place ?


Ça va être très dur…

Côté CCI, on a évité le pire, mais le gros du sujet va être en septembre, octobre, jusqu’à la fin d’année et le premier semestre 2021.

Notre première mission était de se mettre en ordre de marche. Nous avons été « hyper » original en proposant un accueil pour les entreprises 7 jours / 7, week-end compris. C’était une grande première. L’objectif était d’identifier et mesurer le niveau de difficulté des entreprises, toutes typologies confondues, les commerçants, les TPE, les PME, les startups, et tous ceux qui n’étaient pas dans les radars… Cette première étape permettait de prendre la température.

Ensuite, nous avons lancé un dispositif à nouveau unique, avec la mise en place de 100 personnes pour faire de l’appel sortant à destination des entreprises. Du jamais vu.

La CCI, outre la crise, était déjà impactée par la diminution des ressources fiscales et en cours de transformation, cette crise nous a rendu inventif. Avant nous avions des ressortissants, maintenant on a des prospects qui vont devenir des clients, des vrais clients. On va vers le client, on demande ce dont il a besoin, comment on peut l’aider… ça a été un vrai déclic.

C’est sûr ça va être très compliqué à partir de septembre - octobre, car la plupart des entreprises ont réussi à différer les emprunts de 6 mois. Bientôt les entreprises vont commencer à rembourser et mécaniquement, il serait nécessaire que les entreprises surperforment pour faire face, alors que l’activité n’est pas revenue à la normale.

C’est également la première fois, depuis 1930, où les 2 grosses industries (aéronautique et automobile) s’écroulent en même temps. Pour l’automobile, ce secteur bénéficie d’une double peine, la crise et la mutation vers une technologie plutôt électrique, thermique. Le gouvernement est en train de mettre des moyens de secours pour ces filières, heureusement !


Quelles conséquences sur notre territoire ?


Sur notre territoire nous avons beaucoup de sous-traitants de l’aéronautique. C’est très anxiogène pour ces entreprises. Elles essayent de fusionner pour pouvoir passer le cap.

Dans ces domaines, les processus sont très longs, les chaines de valeurs très complexes. Exemple : dans l’industrie automobile, nous avons le cas d’une entreprise qui devait livrer une commande en juin de cette année et, suite à la crise, le délai de livraison est possible pour décembre, pas 2020, mais 2021 !!! On mesure mieux la problématique de ces industries.

Pour l’instant, il y a un vrai séisme, mais tout le monde ne le ressent pas : l’état est venu en secours, les salariés ont été payés… C’est anxiogène, car ce n’est pas facile à vivre mais ce n’est pas la catastrophe. On sent aussi que beaucoup de salariés ont du mal à revenir travailler parce que psychologiquement quelque part ils étaient bien. Mais tout va rentrer dans l’ordre.

La crise a aussi généré des opportunités, comme le numérique

On le constate avec l'utilisation des visio (à utiliser avec modération sinon on risque l’overdose !). Selon les configurations, le numérique a apporté une réelle productivité. Certains secteurs ont bénéficié de ces opportunités, pour d’autres c’est un massacre, comme pour la restauration qui vit une crise compliquée. Il va falloir très vite enlever la distanciation parce que techniquement on court à l’hécatombe.


Quels sont les projets ou les actions majeurs de la CCI pour les mois à venir ?


En interne, le séisme a aussi touché la CCI. C’est hyper impactant. J’avais déjà une problématique financière complexe et cette crise a nécessité d’accélérer la transformation de la CCI.

Le côté vertueux et cocasse de cette période inédite, c’est de faire revenir en centralité la CCI.

Nous avons plus de 25 000 entreprises traitées qui demandent à être appelées pour 50% d’entre elles. J’ai été agréablement surpris.

Les entreprises étaient contentes que nous soyons là. Cette crise a accéléré la perception d’une CCI mais dans le bon sens.

Autre action de la CCI, le projet CARE*, avec plus de 30 partenaires trouvés en moins de 3 semaines, avec la mise en place d’une plateforme numérique. Dans « l’ancien monde », cette initiative avec une dizaine de partenaires aurait pris 5-6 mois pour que tout le monde dise oui. Je tiens à saluer tous les partenaires. Le sujet étant suffisamment important et sérieux, nous avons fait fi de notre petite posture, de positionnement, ce n’est pas l’enjeu.

Il faut vraiment avoir une intelligence collective, et tout le monde a joué le jeu.

Nos actions sont certes beaucoup plus pragmatiques, moins conceptuelles, moins « stratosphériques », mais le sujet et le moment ne demandaient pas ça. Les entreprises ont beaucoup apprécié.


Que retiendriez-vous de positif de cette crise ?


Par rapport à la CCI, tout ce séisme a eu un côté très vertueux. Nous avons été forcé de fonctionner en mode agile, beaucoup plus rapidement qu’on aurait pu le faire habituellement. Cette crise apparaît comme un accélérateur et un catalyseur. Ce qui me fait plaisir, c’est que la CCI est là au cœur de ses missions initiales.

C’était l’objet de la transformation initiée et je pense que nous aurions mis un an de plus pour arriver à un tel résultat, peut-être pas aussi puissant et fort. Cette situation nous a bousculé, nous a forcé à sortir du cadre, les gens n’étaient pas dans le jugement, ils étaient vraiment dans l’action. Cela a transformé l’organisation de la CCI et la reconnaissance, même au niveau national. En effet, toutes les CCI au niveau national ont œuvré avec leurs moyens. Nous on a même poussé l’exercice un peu plus loin.

Le côté positif de cette crise, et c’est tout le paradoxe, est d’avoir été mis au-devant de la scène, non pas pour briller, mais pour rendre service.


Aimeriez-vous rajouter quelque chose pour clore cette interview ?


Ne pas oublier que la CCI est là dans les moments difficiles. Ce serait bien que sur du moyen et du long terme on ne l’oublie pas trop vite. La baisse des ressources fiscales va continuer encore un peu…



* CARE (www.solutions-care.fr) est une plateforme dédiée à l’assistance au redémarrage des entreprises de la Loire et du Rhône qui propose aux chefs d’entreprise un accompagnement et des conseils sur mesure pour obtenir rapidement des solutions et les orientations vers les programmes, dispositifs et actions les plus efficaces pour traiter l’ensemble des problématiques qu’ils ont à gérer, dans cette phase difficile de redémarrage de leur activité.

La CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, la CCI du Beaujolais, la CMA du Rhône, la CMA de la Loire, les Chambres d’Agriculture du Rhône et de la Loire, avec les MEDEF Lyon-Rhône et Loire et les CPME du Rhône et de la Loire, soutenus par l’Etat, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, les Métropoles de Lyon et de Saint-Etienne, Roannais Agglo,Loire-Forez Agglomération et l’ensemble des organismes structurants pour l’économie –URSSAF, Tribunaux de commerce, Ordre des avocats, Ordre des experts comptables...–, ont décidé d’unir leurs forces pour soutenir les entreprises dans le redémarrage de leur activité, afin de tout faire pour favoriser la relance et préserver les emplois. Cette démarche est conduite en partenariat et en lien étroit avec les différents services de l’Etat concernés et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, compétente pour promouvoir le développement économique sur l’ensemble du territoire régional.


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